Vue du Palais Gallien

Vue du Palais Gallien attribuée à Pons-Emmanuel-Théophile Beaugeard, début XIXème s., Gouache et aquarelle sur feuilles raboutées, 80 cm x 160 cm, Inv. 2016.6.1

Participation de l’Association des Amis du musée d’Aquitaine à l’acquisition de l’œuvre par la Mairie de Bordeaux en 2015.

Cette gouache, aux dimensions exceptionnelles, évoque un décor de théâtre où la vie quotidienne contemporaine se mêle à la grandeur antique. Son cadre, le Palais Gallien, construit à l’extrême limite nord-est de l’agglomération, sans doute dans la première moitié du IIème s après J.C, est le seul monument gallo-romain de Bordeaux encore visible.

Le peintre s’est placé au niveau de l’actuelle place Gallienne à l’emplacement qu’occupait la porte du levant. La rue du Palais Gallien suit le bord inférieur du cadre. Deux rues s’y rejoignent. A gauche, la rue Planturable (act. rue Emile Fourcand) conduit le regard vers le lointain alors que la future grande rue du Colisée, qui n’est pas encore aménagée, se dirige vers la porte ouest de l’amphithéâtre dessinée avec précision.

Sous les rayons rasants du soleil matinal qui percent les nuages, l’artiste a habilement distribué les personnages vaquant à leurs occupations, en une multitude de scènes très vivantes, dans un espace à la profondeur accentuée par les lignes de fuite des rues. Les promeneurs élégants se mêlent à la population laborieuse vêtue de costumes bien caractérisés. Ainsi la jeune femme coiffée de la « cadichonne », la marchande d’huîtres, le berger béarnais, la portanière avec sa banastre en équilibre sur sa coiffe recouverte d’un « madras » ou le jeune berger landais sur ses échasses.

Toute cette activité humaine est exemplaire de l’intérêt, déjà ancien, pour les costumes traditionnels locaux, qui se développe dans la première moitié du XIXème s. où les albums illustrés de paysans aux tenues chatoyantes sont très prisés et participent à la création d’ethnotypes régionaux. A Bordeaux, dès 1797, Jacques Grasset de Saint-Sauveur est l’initiateur de la figure du Landais typique et dessine les costumes des différents pays, laissant ainsi l’image de la Laitière des environs de Bordeaux, de l’Artisane, de la Marchande de fruits… A son tour, Gustave de Galard réunit ces types de vêtements régionaux dans le Recueil des divers costumes des habitans de Bordeaux et des environs publié en 1818 dont plusieurs personnages représentés sur la gouache sont un écho.

Dès la Renaissance, les érudits s’intéressent aux vestiges antiques de la ville et les décrivent. Au début du XIXème s, l’amphithéâtre devient un motif privilégié des peintres romantiques et le décor de scènes pittoresques de la vie populaire dans un cadre de ruines antiques et de masures mais il est rarement représenté sous cet angle.

La gouache n’est pas signée mais sa composition et sa facture sont très proches d’un lavis de sépia sur traits de plume qui porte la signature de Beaugeard, Vue intérieure de Palais-Gallien au moment de sa démolition partielle (coll. part.). Cette œuvre a, elle-même, été rapprochée par Jacques Sargos d’un autre dessin, Intérieur des ruines du Palais-Gallien à la fin du XVIIIe s (coll. Kerhor). Nous y retrouvons l’étagement des plans où sont distribuées les figures décrites avec vivacité et minutie comme les minuscules silhouettes simplement esquissées qui donnent au décor toute sa profondeur. Dans les deux œuvres, nous retrouvons la même facilité à mettre en scène le peuple dans ses activités quotidiennes avec un grand sens du naturel ainsi que la distribution des nombreux détails sur plusieurs plans. Ces comparaisons rendent possible une attribution de la gouache à Beaugeard.

Pons-Emmanuel-Ferréol-Théophile Beaugeard, né à Marseille le 8 janvier 1781, est arrivé à Bordeaux fin 1797, à l’âge de 16 ans. Entré comme copiste de musique au Grand Théâtre, il est remarqué par le peintre décorateur Thomas Olivier (1772-1839) qui le prend dans son atelier. En 1824, il épouse la fille de son patron, Catherine ; l’un de ses témoins est Gustave de Galard qui fera son portrait en 1827. Beaugeard a travaillé avec son beau-père au Grand Théâtre de Bordeaux, au théâtre de Libourne (disparu), à la restauration des fresques de Saint-Bruno ; il semblerait qu’il ait restauré, en 1838, les fresques de la salle à manger de l’Hôtel de Ville, exécutées par Lacour. Dans la gouache, l’utilisation des lignes de fuite, la dramatisation du ciel, la distribution des personnages comme des figurants sur une scène, le pittoresque et la précision des costumes, peuvent correspondre à l’œuvre d’un peintre décorateur.

Le cadre architectural donne de précieuses indications de datation. Il montre l'état de l'amphithéâtre après la destruction de la porte du levant dans les dernières années du XVIIIème mais avant 1822 car les témoignages laissés par le plan cadastral dressé en 1822 ou le dessin de Pierre Lacour de 1823 montrent un quartier beaucoup plus urbanisé.

Cette représentation, par une matinée d’automne, de la vie urbaine où se mêlent promeneurs et gens du peuple en costume traditionnel dans un quartier dominé par d’imposantes ruines est plus qu’un témoignage archéologique montrant l’amphithéâtre à un moment précis de son histoire. Elle réunit aussi dans un tableau à la mise en scène savoureuse et animée, deux sujets d’actualité en ce début du XIXème s : l’intérêt pour les ruines et la préservation du patrimoine et l’attention grandissante portée au costume régional qui se concrétise dans la création d’albums richement illustrés.

Catherine Bonte

Pour en savoir plus >> www.amis-musee-aquitaine.com


Vue du Palais Gallien attribuée à Pons-Emmanuel-Théophile Beaugeard
début XIXème s., Gouache et aquarelle sur feuilles raboutées
80 cm x 160 cm, Inv. 2016.6.1
© L. Gauthier, mairie de Bordeaux

Vue du Palais Gallien attribuée à Pons-Emmanuel-Théophile Beaugeard © L. Gauthier, mairie de Bordeaux

Vue du Palais Gallien attribuée à Pons-Emmanuel-Théophile Beaugeard © L. Gauthier, mairie de Bordeaux