Portrait de l'architecte Victor Louis

Portrait de l'architecte Victor Louis par Pierre Lacour, XVIIIe siècle, huile sur toile, 81 x 62,5 cm. Inv.2013.10.1, Don des Amis du musée d'Aquitaine

Le 17 décembre 2012, l’étude Thierry de Maigret mettait en vente à l’hôtel Drouot un portrait signalé dans le catalogue comme une oeuvre de Pierre Lacour fils représentant l’architecte Louis Combes. Un amateur et un galeriste, tous deux bordelais, reconnurent la double erreur. La toile était de Pierre Lacour père et le modèle était Victor Louis, l’architecte du Grand Théâtre de Bordeaux. Acquise aux enchères par la société Le Caravage, elle a été rachetée par les Amis du musée avec l’aide des vendeurs et grâce à une souscription auprès des adhérents de l’association.

Que la signature soit celle de Lacour père et non celle de son fils ne souffre aucun doute. La peinture présente au premier coup d’oeil toutes les caractéristiques du style de Pierre Lacour père. Par ailleurs, Lacour fils, né en 1778, commença son apprentissage artistique à Paris, chez Vincent, à partir de 1797, à l’âge de 19 ans. Il ne saurait être l’auteur d’un portrait qui, au vu du costume, est antérieur à sa formation.


École française du XVIIIe siècle, atelier de Jean-Baptiste Robin, Portrait de l’architecte Victor Louis travaillant sur un plan du Grand-Théâtre de BordeauxL’identification du modèle est assurée d’abord par la ressemblance avec les autres portraits répertoriés de Victor Louis. Ils sont rares. Le plus connu qui fut peint, sans doute en 1777, par Jean-Baptiste Robin (1734-1804) montre l’architecte inspiré, à sa table de travail, en train de dessiner un plan de la salle de spectacle. Un médaillon en plâtre de Philippe Titeux (1744 - 1809) a certainement été exécuté en 1780, date de l’inauguration du théâtre ; le cadrage de profil s’inspire des médailles qui immortalisent les célébrités. Le portrait de François Lonsing (1739 - 1799) daterait de 1786 et, comme celui de Robin, saisit Louis à sa table de travail et insiste sur la vivacité du modèle. 
 
Atelier de Jean-Baptiste Robin,
Portrait de l'architecte Victor Louis
travaillant sur un plan du
Grand-Théâtre de Bordeaux
 

Enfin, un pastel qui porte la signature de Anna Gault de Saint-Germain (v.1760 - 1832) a le caractère intime d’une oeuvre familiale. Toutes ces effigies montrent un homme au visage rond, aux traits épais, au cou puissant et empâté, le menton marqué par une fossette allongée. Ce dernier détail bien souligné par Lacour est discernable également sur les autres portraits même si il y est atténué.
Le catalogue des oeuvres de Pierre Lacour établi par Robert Mesuret recense sous le numéro CXLVIII (p.105) une toile passée en vente le 23 novembre 1931 à Paris chez Me Baudouin commissaire-priseur, M. Guillaume étant expert, sous le titre "Un architecte, 1782". Les dimensions H. 0, 80 m. et L. 0, 65 m. sont sensiblement celles de notre tableau, les différences minimes pouvant correspondre à des mesures prises rapidement par le commissaire. La date, cependant, pose problème dans la mesure où notre portrait n’en présente aucune, pas même sous forme de traces effacées.


Pierre-Lacour père (1745-1814) était peintre d’histoire, membre de l’ancienne Académie royale de peinture, sculpture, architecture civile et navale de Bordeaux, puis de l’Académie nationale des sciences et belles-lettres de la ville, correspondant de l’Académie de beaux-arts de Paris, professeur de dessin du lycée et fondateur de l’École gratuite de dessin, directeur du comité de peinture du musée, puis conservateur du musée de peinture, Pierre Lacour père fut à Bordeaux, le peintre le plus marquant de son temps.
Dans ce portrait, Lacour cadre Victor Louis à mi-corps dans une présentation qui réunit tous les codes permettant, au premier coup d'œil, de reconnaître sa condition. Le décor est absent et le modèle se détache sur un fond neutre selon un procédé qui commence à s'imposer à partir des années soixante-dix, donnant à la composition un ton moderne. Les accessoires disent l'activité du sujet et témoignent de sa réussite. Le bureau sur lequel on reconnaît le compas, la corbeille qui contient habituellement les outils de dessinateur, le mouchoir à carreaux en usage pour s'essuyer les mains, désignent un architecte. Le dessin du péristyle du Grand Théâtre l'identifie. La tenue elle révèle sa position sociale celle, en tout cas, qu'il revendique. Le col ouvert, sans cravate, est d'usage chez les intellectuels et les artistes mais il est associé à la perruque poudrée, courte, à rouleaux, qui révèle sa prétention à appartenir au monde des personnes de qualité. Enfin la riche robe de chambre de taffetas de soie moirée affiche sa prospérité ou pour le moins son aisance.
 
Par Catherine Bonte
Portrait de l'architecte Victor Louis par Pierre Lacour, ©Photo F. Deval, mairie de Bordeaux

Portrait de l'architecte Victor Louis par Pierre Lacour, ©Photo F. Deval, mairie de Bordeaux