Gourde de compagnon tanneur et corroyeur

Gourde de compagnon tanneur et corroyeur, Nantes, 1855, faïence de grand feu, 21 x 19,5 cm, l. 4,5 cm, Inv : 2008.7.1, Don des Amis du musée d'Aquitaine

De part et d'autre de l'évidement de cette gourde annulaire de faïence blanche, deux compagnons, finement soulignés d'un trait noir, sont vêtus de la tenue d'apparat de leur corporation, coiffés d'un chapeau haut de forme ceint de leurs couleurs, le bleu et le rouge, et tiennent une canne enrubannée. Au-dessus sont mis à l'honneur les outils de leur métier : à gauche sont superposés une marguerite, un valeton et un boutoir puis, au centre, une étire est placée au-dessus d'un fusil à affûter et enfin une lunette à parer est posée devant un couteau à écharner et un couteau à dérayer croisés.
La forme annulaire moulée de cette gourde rappellerait celle de la lunette, couteau rond percé au milieu, utilisée pour amincir et lustrer le cuir lors du parage. Cette gourde est un souvenir du Tour de France au terme duquel l'aspirant présente son chef-d'œuvre et se voit conférer le titre de compagnon lors d'une cérémonie initiatique. Elle est achetée ou offerte après la Réception du compagnon qui la garde précieusement avec les objets acquis dans les différentes villes visitées.

L'inscription tracée en anglaise, donne le nom du compagnon, la ville et la date de Réception, cérémonie qui coïncide toujours avec une fête religieuse carillonnée ou la fête patronale. Ce nom proclame une qualité particulière, placée après son nom de pays et devient ainsi partie intégrante de son identité : Béarnais, la Tranquillité. Le compagnon peut désormais porter sa canne et ses couleurs, grands rubans de soie frappés de symboles, que la corporation des tanneurs et corroyeurs porte au chapeau.

Les caractéristiques techniques et stylistiques de cette gourde permettent de l'attribuer à la faïencerie nantaise Derivas qui a fabriqué des gourdes compagnonniques entre 1837 et 1858. Purement honorifique, elle est le signe de l'appartenance à une corporation et illustre une coutume propre au métier des tanneurs-corroyeurs aujourd'hui disparu.

Catherine Bonte

  

Gourde de compagnon tanneur et corroyeur, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux

Gourde de compagnon tanneur et corroyeur, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux