Pichet de Bordeaux

Pichet de Bordeaux, 4e quart du XVIIe siècle, étain, 20,5x12x9,2 cm, Inv. 94.14.1

Don de l'Association des Amis au musée d'Aquitaine en 1994

Ce pot couvert, à anse et couvercle à charnière, a une capacité réglée car il sert de mesure publique à vin. Ce pichet est une bonne illustration de la typologie du pichet bordelais à épaulement, définie par Charles Boucaud : forme à épaulement, pied en quart de rond, une panse en forme de cône renversé, un gobelet important, en quart de rond, le couvercle, en forme de figue, est bombé, séparé longitudinalement par un filet en relief, le poucier est décoré de deux glands de chêne, décor de filets gravés au tour, une moulure souligne l'épaulement de la panse, l'anse est plate, à section rectangulaire.
 
Ce récipient en étain reçoit des poinçons ; leur uniformisation ne se fait qu'au XVIIe siècle quand les édits royaux de 1643 et 1691 instituent, pour l'ensemble des « cinq fermes du royaume », l'obligation d'apposer deux poinçons : une marque de contrôle de la qualité de l'alliage qui doit être de bon aloi et la marque du potier d'étain. L'Édit de Mai 1691 crée des Offices « d'Essayeurs-Contrôleurs-Marqueurs des ouvrages d'Etain » qui se chargent de contrôler la qualité de l'alliage et apposent une marque : C couronné pour l'étain commun, garantissant une proportion de 80 à 90 % d'étain ; F couronné pour l'étain fin, qui indique une proportion de 90 % d'étain. En province, après le décret de 1691, les poinçons doivent porter le nom de la ville en toutes lettres et le millésime mais toutes les villes ne se conforment pas à cet édit comme nous pouvons le constater sur ce pichet. Ici, le poinçon de contrôle est insculpé sur la partie haute de l'anse, près de la charnière, dans un cartouche quadrilobé : Le C couronné de l'étain commun est cantonné de fleurs de lys, emblème utilisé autour de 1700 à Bordeaux. Sous le C couronné, le B de la ville de Bordeaux.
 
Chaque maître appose sa marque qui permet d'identifier sa production. Le poinçon de maître-potier est insculpé sur la paroi interne de l'anse dans un cartouche à arc trilobé : chasse à trois ouvertures surmontée de deux croix, au-dessus, dans les lobes latéraux, les initiales du maître : P et C. Ce poinçon n'a pas encore été attribué.
 
Sur la face externe de l'anse, les initiales gravées du propriétaire : B.M.V. Sous le pichet, le monogramme peint CHB indique que ce pichet a appartenu à Charles Boucaud, antiquaire, collectionneur et auteur en 1958 de l'ouvrage de référence, Les pichets d'étain, mesures à vin de l'ancienne France
 
De  tels pichets sont rares. En effet, lorsqu'ils étaient usagés, leur métal d'une valeur certaine servait à la fonte d'un nouveau récipient. A partir de 1792, la mise en place des mesures décimales mettra progressivement fin à la grande variété des types régionaux. L'uniformité cylindrique remplacera les multiples combinaisons des types (tronconiques, balustres ou à épaulement), des pouciers (à glands de chêne, à  bourgeons, à palmette, droits ou en bâtonnet...) et des différentes formes de pied et de gobelet. 
 

Catherine Bonte

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Pichet de Bordeaux
, 4e quart du XVIIe siècle, étain
20,5x12x9,2 cm, Inv. 94.14.1
© L. Gauthier mairie de Bordeaux

Pichet de Bordeaux, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux

Pichet de Bordeaux, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux