Kalamkari

Kalamkari, Andra Pradesh, Inde, 1998, coton peint, 300 x 200, Inv. 2003.7.1

Don de l'Association des Amis  du musée d'Aquitaine en collaboration avec l'Association des Amis du musée des Arts Décoratifs au musée d'Aquitaine en 1999 pour l'exposition « La Route des Indes et l'Europe : échanges artistiqus et héritage commun, 1650-1850 »

Bérénice Ellena, d'origine bordelaise, styliste, costumière et photographe, se définit comme une « nomade, collectionneuse d'éphémère ». Grande voyageuse, elle a parcouru le monde et s'est passionnée pour l'Inde; sa quête des techniques traditionnelles de tissages et de teintures naturelles l'a menée dans les villages du sud où les artisans connaissent encore l'art ancestral du kalamkari. De cette rencontre et de son désir de faire connaître le travail de ces artisans est née la commande du kalamkari de Bordeaux sur le thème des liens historiques noués avec l'Inde. En 2004, Bérénice Ellena en fera exécuter un second, pour le musée de l'Impression sur Étoffes de Mulhouse sur la fabrique des indiennes sur la côte de Coromandel. Auteur de l'ouvrage Au fil de l'Inde, la route des arts textiles (2003), elle vit depuis plusieurs années maintenant à Delhi mais aime passer l'été dans sa maison bordelaise.


Scènes de vendanges en Gironde et Port de la Lune
© L. Gauthier mairie de Bordeaux

Le kalamkari, mot d'origine persane (kalam :  pinceau, kari : à la main), désignant une étoffe de coton peinte à la main, est une forme d'art encore pratiquée aujourd'hui dans l'Andra pradesh, autour du Sri Kalashati où plus de 300 personnes participent à son élaboration, de la fabrication du tissu de coton à la préparation de la toile pour recevoir les contours des motifs dessinés au noir de charbon, avant l'application des couleurs. L'un des artisans les plus conus est le peintre Niranjan Chetty à qui Bérénice Ellena a confié la réalisation de ce kalamkari d'après ses propres dessins.

Dans un style narratif très vivant, 60 petits tableaux accompagnés de légendes en français et en hindi, retracent l'histoire de l'Inde de l'arrivée de Vasco de Gama à Calicut en 1498, ouvrant ainsi la route directe des Indes en contournant le Cap de Bonne Espérance, jusqu'à nos jours ainsi que ses rapports commerciaux avec Bordeaux et les grandes dates de l'histoire de France. 

Lorsque Vasco de Gama débarque sur la terre indienne, 
il se met à genoux devant une statue hindoue s'imaginant
que c'est la Vierge Marie,
© L. Gauthier mairie de Bordeaux
 
 
Au centre,  une carte de l'Inde et le blason de Bordeaux « de gueules à la Grosse-Cloche ouverte, ajourée et maçonnée de sable, sommée d'un léopard d'or; à la mer d'azur, ondée de sable et d'argent, chargée d'un croissant aussi d'argent; au chef d'azur , semé de France ».
 

Autour se succèdent les aventures de personnages hauts en couleurs comme celles de l'orfèvre bordelais Augustin Hiriard, dit Austin de Bordeaux ou du général gascon Raymond Gascogne. Ces péripéties se mêlent aux grands événements historiques des deux pays, création de la Compagnie des Indes Orientales par Colbert, mort de Louis XVI, abolition de l'esclavage, « Révolte de l'indigo » à une longue évocation de la vie du Mahatma Gandhi, aux figures de Montesquieu, du marquis d'Estournel surnommé « le Maharadjah de Saint-Estèphe » dont le vin du château Cos d'Estournel est embarqué pour Calcutta, de Rabîndranâth Tagore ou de héros comme la reine de Jhansi, Rani Lakshmi Bai, symbole de la résistance indienne. Des scènes de bataille, de marché ou de vendanges émaillent cette grande fresque conçue par Bérénice Ellena. Ce récit en images se termine par une vision contemporaine du port de Bordeaux qui ne reçoit plus de toiles indigotées mais des paquebots dont débarquent les touristes en blue-jeans et de l'Inde.

Catherine Bonte
Kalamkari, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux

Kalamkari, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux