Allégorie de l'Aquitaine

Allégorie de l'Aquitaine, Pascal Daudon, 2008, technique mixte : bois, papier, crayon et encre, 147 x 230, Inv. C.E 20

Achat du panneau inférieur par l'Association des Amis du musée d'Aquitaine, les deux autres financés par un mécénat d'entreprise (Société CMB et Pictet & Cie). Don au musée d'Aquitaine en 2008

Avec ce triptyque vertical aux figures grandeur nature, Pascal Daudon abordait pour la première fois un très grand format. Pour célébrer l'Aquitaine, il invente un vocabulaire allégorique à la fois bien lisible mais loin de l'imagerie traditionnelle des différentes régions. Le peintre crée selon un rituel immuable, la nuit, à genoux devant une planche de bois posée à terre où il y dépose les pensées, les émotions, les sensations qu'il va chercher au plus profond de lui-même. Pour conjurer l'angoisse de la feuille blanche, Pascal Daudon recouvre le bois de fragments de papiers peints fleuris ou à motifs de toutes sortes, qu'il puise dans ses collections ; ils sont pour lui comme une peau tatouée qui a déjà une histoire qu'il ne connait pas mais, s’ils lui permettent de structurer la composition, ils créent aussi des contraintes, un réel sur lequel il doit s'appuyer.
 
Ici, étroitement imbriqués dans les motifs, apparaissent des tracés de cours d'eau, des reliefs, des noms de villes ; ces morceaux de cartes révèlent la logique interne du tableau et sont un premier jalon dans la mise en place des éléments symbolisant chaque département précisé, dans un second temps, par la première lettre de leur nom associée à leur numéro. Les contours des silhouettes féminines, « sculptures plates » peintes avec du brou de noix, ont été tracés en suivant l'ombre portée du modèle.
 
Trois panneaux, trois couleurs primaires dominantes et pourtant une grande unité grâce aux multiples résonances chromatiques entre les compositions. Sur le jaune solaire du panneau supérieur, tout exprime la douceur et la générosité : la forme arrondie où s'inscrit le cercle bleu cobalt de l'eau, les larges pleins et déliés du G de la Gironde, l'ombre allongée, protectrice et maternelle, qui semble prendre sous sa protection les silhouettes tournoyantes. Puis, sur un fond rouge, se détachent les Pyrénées Atlantiques représentées par un triangle lumineux en équilibre dont une pointe repose sur un solide rectangle vert, évocation de la pinède mais aussi rappel des origines landaises de l'artiste. Le dynamisme des formes géométriques et des couleurs se poursuit dans le dernier panneau à dominante bleue. Sur une diagonale, l'arrondi de l'initiale de la Dordogne est posé sur un rectangle rouge répondant à la forme ovoïde qui se détache dans l'angle opposé. Cet ovale représente le Lot-et-Garonne par une double allusion au ballon de rugby et à la prune avec sa délicate teinte violette.
 
Pascal Daudon n'aime pas l'épaisseur de la peinture et, préférant travailler sur les valeurs et les nuances, utilise l’encre pour ses recherches sophistiquées de jeux de transparence et un suc végétal pour donner vie à ses silhouettes.
 
Au-delà des apparences, ces ombres en lévitation, emportées dans une danse, racontent une histoire qui nous échappe et les liens mystérieux qui les unissent appartiennent à l'intimité du peintre. C'est aussi une réflexion sur l'absence et la présence. Absence de la personne qui n'est évoquée que par son ombre mais en même temps présence, existence à travers cette trace d'une muse, partie intégrante de la création.
 

Catherine Bonte

Pour en savoir plus : www.amis-musee-aquitaine.com

  
Allégorie de l'Aquitaine, Pascal Daudon, 2008, technique mixte
bois, papier, crayon et encre, 147 x 230, Inv. C.E 20
© L. Gauthier, mairie de Bordeaux

 

Allégorie de l'Aquitaine, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux

Allégorie de l'Aquitaine, ©photo L. Gauthier mairie de Bordeaux